Les semences-suicide : le Transcontainer de l’UE transforme Terminator en zombie

Publié le par socla

  

ETC Group (le groupe canadien ETC : observateurs des développements technologiques) a lancé « Terminator -La suite », un communiqué daté du 13 juin 2007 sur une nouvelle recherche en rapport avec les semences-suicide et autres technologies relatives aux semences GM (génétiquement modifiées) qui constituent une menace inacceptable pour les agriculteurs, la biodiversité et la souveraineté alimentaire.

 

ETC Group nous parle aujourd’hui d’une nouvelle cuvée de technologies du génie génétique, présentées comme une solution biosécuritaire à la dissémination non désirée des transgènes de cultures, arbres et plantes pharmaceutiques GM. En pratique, la commercialisation de ces technologies permettra aux multinationales des semences d’affermir leur emprise sur les semences exclusives et de gruger les droits des agriculteurs.

 

Le communiqué d’une trentaine de pages examine d’abord le projet Transcontainer de l’Union européenne, qui développe pour l’Europe des arbres et cultures GM que l’on peut « confiner biologiquement » grâce à une « stérilité transgénique réversible ». Issu du 6e Programme-cadre de l’UE, ce projet de trois ans étaye l’objectif de coexistence – le principe controversé de la coexistence pacifique entre cultures GM et non GM – pour convaincre la population d’accepter les cultures GM. « Nous savions que l’industrie des semences ne renoncerait jamais à une technologie aussi lucrative que Terminator, lance Hope Shand, d’ETC Group, mais c’est une honte que l’Union européenne consacre des deniers publics à la mise au point de méthodes de stérilisation génétique des semences. » Elle ajoute : « Le financement du projet Transcontainer par l’UE est d’autant plus troublant que le Parlement européen s’est fermement opposé à Terminator l’an dernier seulement. » Le Parlement européen a adopté en mars 2006 une résolution pressant les délégués européens à la rencontre de la CDB (Convention des Nations unies sur la diversité biologique) à Curitiba, au Brésil, de maintenir le moratoire de fait sur Terminator. À la rencontre, les États ont unanimement réaffirmé et renforcé le moratoire qui recommande d’interdire les essais en champ ou la commercialisation de semences génétiquement modifiées pour produire des graines stériles à la récolte. GURT (technologies de restriction génétique) est le terme utilisé par les Nations unies pour parler de Terminator.

Les défenseurs du projetTranscontainer allèguent que son but n’est pas de limiter l’utilisation des semences, mais bien de confiner les transgènes, ajoutant que la technologie à l’étude est différente de Terminator en raison du caractère réversible de la stérilité – les semences pourront redevenir fertiles, sans doute sous l’action d’un produit chimique quelconque. Hope Shand rétorque : « Un scénario qui force les agriculteurs à acheter un produit chimique pour rétablir la viabilité des semences crée une situation de monopole permanent pour l’industrie semencière. Même si ces semences-zombies n’ont pas pour but exprès de limiter l’utilisation des semences, elles obligent en fait les agriculteurs à payer chaque année le privilège de rétablir la fertilité de leurs semences. Les semences-zombies ne sont pas plus acceptables que les semences-suicide. La technologie Terminator ne sera jamais sûre ni acceptable, quelle qu’en soit la forme », conclut Shand.

Le rapport d’ETC examine aussi les nouvelles recherches sur les technologies d’excision des gènes (des méthodes moléculaires pour extraire les transgènes à un stade de la vie de la plante). Qualifiée d’exorciste par ETC Group, cette technologie est à la fois une stratégie de bioconfinement et un moyen de limiter l’accès au germoplasme exclusif. En principe, l’excision de l’ADN peut être activée à n’importe quel stade de développement – avant que la plante GM fleurisse ou produise du pollen, par exemple, ou avant qu’elle devienne aliment. Le processus d’excision peut être activé par un stimulus chimique ou lié à l’environnement externe. On peut aussi faire survenir l’excision à un stade précis de la vie de la plante. Kathy Jo Wetter d’ETC Group explique : « Sous sa forme actuelle, l’exorciste est loin d’être une stratégie de bioconfinement à toute épreuve – il n’est pas efficace à 100 %. Même s’il ne peut confiner entièrement les transgènes, il peut cependant servir de mécanisme biologique d’application des brevets en limitant l’accès à des traits exclusifs. »

Enfin, le communiqué d’ETC Group examine des méthodes de bioconfinement extrêmes – des méthodes moléculaires fondées sur des « gènes de létalité conditionnelle » capables d’exterminer les plantes et leur ADN transgénique advenant l’échec d’autres stratégies de bioconfinement. L’idée, c’est qu’une plantekamikaze puisse être détruite à l’activation du gène mortel – sur application d’un produit chimique externe, par exemple – en emportant avec elle le trait GM. Si le gène mortel n’est pas activé, la plante survit et peut transmettre ses gènes étrangers à la génération suivante. De toute évidence, ces plantes-kamikazes sont conçues pour servir de stratégie de bioconfinement de dernier recours. « Il y a aussi une autre possibilité, plus sinistre, suggère Silvia Ribeiro d’ETC. C’est que l’entreprise qui détient un brevet puisse télécommander le harakiri des plantes cultivées sans concession de licence. On a déjà vu des sociétés de biotech recourir à des tactiques sordides pour dépister les agriculteurs soupçonnés de contrefaçon de brevet. Dorénavant, les sociétés pourraient utiliser la menace de l’activation du gène mortel ou tout simplement l’activer pour confirmer ou infirmer leurs soupçons.»

 

Ribeiro conclut : « Semences-zombies, semences-exorcistes et plantes-kamikazes : ce sont toutes des technologies bancales incapables de prévenir la dissémination non désirée des transgènes de cultures GM. Mais si on parvient à convaincre les pays que le confinement biologique est possible à partir de l’une ou l’autre – ou la combinaison – de ces techniques, on ouvre toute grande la porte à de nouveaux marchés pour les plantes biotechnologiques, dont les cultures GM et les arbres cultivés comme biocombustible. Le résultat : des subventions encore plus généreuses aux multinationales et un risque décuplé de contamination transgénique. »

 

 

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